Matthieu Bignon
Axes de recherche
Axe 1 : Acquisition du langage en situation de bilinguisme ou plurilinguisme chez l’enfant
Mes travaux de mémoire de fin d'études en orthophonie, encadrés par Séverine Casalis, professeure à l’Université de Lille, visaient à comparer les performances d’enfants monolingues et bilingues dans différents domaines langagiers. Mes travaux de thèse, encadrés par Séverine Casalis et Sandrine Mejias, maître de conférences à l’Université de Lille, visaient quant à eux à mieux comprendre comment se développent les compétences en lecture, tout particulièrement le décodage, chez les enfants bilingues et allophones nouvellement arrivés. Pour remplir cet objectif, j’ai monté le projet TANMALL qui a reçu un financement de l’Inspé de Lille et qui a permis un large recueil de données auprès d’enfants monolingues, bilingues et allophones. Nous avons pu examiner les capacités de lecture à voix haute de mots écrits, les prédicteurs cognitifs ou linguistiques qui sous-tendent ces compétences ainsi que les prédicteurs contextuels qui occasionnent beaucoup d’hétérogénéité dans les profils des enfants allophones (Bignon, Casalis, et al., 2025; Bignon, Mejias, et al., 2025). Dans ces publications, je mène également une réflexion sur l’évaluation langagière orthophonique des enfants allophones dans l’objectif de déterminer concrètement comment mieux prendre en compte leur diversité dans les diagnostics de troubles du langage oral ou écrit. Ces travaux débouchent aujourd’hui sur la création de tests de lecture de mots et de pseudomots qui sont en cours de validation (projet TaLecAll) et qui pourront être étalonnés à l’avenir auprès d’enfants allophones nouvellement arrivés.
Axe 2 : Contribution des capacités d’apprentissage de paires associées visuelles-verbales dans les capacités de lecture à voix haute de mots en français
Cet axe est également alimenté par mes travaux de thèse. L’enjeu théorique était de déterminer dans quelle mesure les capacités d’apprentissage d’association visuelles-verbales sont un prédicteur des capacités en lecture. Pour cela, j’ai réalisé une revue systématique de la littérature disponible dans mon manuscrit de thèse qui visait à comprendre quels mécanismes sous-tendent cette relation. De plus, l'analyse des données du groupe francophone natif du projet TANMALL m’a permis de démontrer que les capacités d’apprentissage de paires associées visuelles-verbales sont des prédicteurs modestes des compétences en lecture à voix haute chez les enfants de CP et de CE1, largement confondus avec d’autres compétences fortement prédictrices des compétences en lecture en français (Bignon et al., 2024). J’ai mené une seconde étude (T’PALCAP) qui visait à reproduire les résultats du projet TANMALL et d’approfondir notre compréhension des mécanismes qui expliquent la corrélation entre les capacités d’apprentissages de paires associées visuelles-verbales et les performances en lecture de mots. Ces résultats, présentés dans mon manuscrit de thèse, pourront également faire l’objet d’une publication.
Axe 3 : Importances des capacités de détection des erreurs dans l’acquisition des compétences en lecture et l’émergence de la dyslexie
Je travaille sur ce volet dans le cadre d’un postdoctorat encadré par Gwendoline Mahé et Clémence Roger, toutes deux maîtres de conférences à l’Université de Lille. Une littérature récente tend à démontrer que les personnes dyslexiques ont plus de difficulté à détecter leurs erreurs que des normolecteurs au cours de tâches de lecture. Toute la question est de savoir si ce déficit est consécutif aux difficultés de lecture ou bien une des causes (un déficit de contrôle cognitif plus général). En ce sens, j’ai contribué à la mise en œuvre d’une étude longitudinale (projet READER) qui visait à déterminer si les capacités de détection des erreurs évaluées en grande section prédisent la réussite future en lecture. Un article est en cours de préparation. Je participe également au lancement d’une seconde étude (projet IMDELEC, financé par la Fondation pour la Recherche sur le Cerveau) dans laquelle nous comparerons les capacités de détection des erreurs chez des enfants dyslexiques, TDAH, présentant une comorbidité (dyslexie + TDAH) ainsi que chez un groupe contrôle dans des tâches linguistiques et non linguistiques. Le but est de déterminer si le déficit en détection des erreurs lié directement aux difficultés en lecture ou bien apparaît dans des tâches dont les performances ne sont pas liées aux performances en lecture. Cela permettra également de déterminer dans quelle mesure les difficultés de détection des erreurs dans la dyslexie ne sont pas expliquées par une comorbidité avec un TDAH.