Pauline Triplet
Axes de recherche
Axes de la thèse
Parce que les morphologies urbaines reflètent tout autant les réalités de la pratique que les représentations ou les volontés de représentations. Les séquences de vie (échanges au marché, processions, annonces publiques, cérémonies princières...) constituent les points d’accroche de la thèse, révélant in fine les traces d’une histoire lilloise médiévale accrochée à des murs dont l’existence ne se révèle aujourd’hui, pour la plupart, que dans l’archive et le sous-sol.
Pour pénétrer dans ce territoire, l'approche évenementielle/humaine est privilégiée par une appréhension du moment, voire de l’anecdotique, et la banalité du quotidien en des temporalités variées. Ils sont autant de possibilités d’éclairer les changements urbains à l’aune de la vie des habitants. Habitations, commerces, institutions religieuses et charitables, festivités, justices, matériel judiciaire ... repérés en une séquence précise et positionné dans l’histoire de leur évolution composent les séquences de cette restitution, résolument dynamique, des formes de la ville de Lille.
Afin de cerner les dynamiques animant la production et la mobilité des espaces et afin de proposer une restitution cartographique des différents questionnements soulevés dans la thèse, sont mobilisés des outils numériques tel que les Systèmes d’Informations Géographiques (SIG). Ces outils de spatialisation des données permettent de bâtir une cartographie matérialisant concrètement les différentes hypothèses et constations sur les évolutions morphologiques de Lille. Parallèlement à l'étude de la spatialité, qui constitue autant une mise en image des hypothèses de recherche qu’un outil d’analyse en soi, une enquête à rebours permettant de comprendre le résultat final visible en un temps donné, est systématiquement menée. Grâce à cette approche chrono-chorématique, ce projet dépeint ainsi les mouvements urbanistiques en corrélation avec les respirations de la vie urbaine des Lilloises et des Lillois.
Dans une dynamique similaire, le projet INSULA qui ambitionne la restitution numérique visuelle et sonore de la place du marché à la date du mercredi 12 juin 1448, permet à la fois de réflechir aux expériences architecturales et sensibles autour de la place, tout en développant une réflexion sur les apports de la restitution numérique pour la recherche en sciences historiques.
La ville est un espace complexe à saisir, un objet historique difficile à définir ou, plus modestement, à appréhender. Dans une perspective globale, le monde académique s’attache à comprendre la ville comme la rencontre entre la matérialité d’un territoire spatialement délimité et une communauté d’habitants plus ou moins dense, soit entre un lieu (urbs) et une population (civitas). Mais cette perspective vient souvent minorer, voire taire, les multiplicités des espaces et pratiques sociales intra-urbaines.
À cette approche renouvelée des études sur les questions urbaines, l’ancrage dans le quotidien de cette communauté favorise naturellement une approche bottom-up, issue d’un courant historiographique « par le bas » (History from below). Cette attention particulière au peuple des villes permet de remettre l’humain au cœur de la cité. Guidée par la grille d’analyse que propose la notion de « fabrique de l’urbain », la thèse a à cœur de comprendre la ville non seulement comme le produit d’une société mais aussi comme un projet en constante évolution. Cette dimension impensée nous renvoie au paradigme posé en liminaire : les formes de la ville ne sont pas les résultantes d’un projet social et urbanistique mais, au contraire, les étapes d’un processus en perpétuel mouvement mis en action par et pour ses habitants. La ville devient alors un carrefour où se croisent pratiques sociales, matérialités et représentativités.
Le travail de recherche appuie la conception d’outils de médiation scientifique et culturelle retraçant l’histoire et l’évolution urbaine de la ville de Lille à la fin de l’époque médiévale (XIIIe - XVe siècles), développés en partenariat avec le musée d'art et d'histoire de la ville (Musée de l’Hospice-Comtesse) et avec le service Valorisation et médiation de la Ville de Lille, accompagnant la volonté d'un renouvellement muséographique et scientifique. La mise en imagerie numérique des résultats de la thèse (Projet INSULA) répond alors à un double objectif : affiner la compréhension et l'analyse de l'espace de la place publique et de ses pratiques quotidiennes, tout en permettant une diffusion et une valorisation des résultats de la recherche à une large variété de public.
Projet de recherche : INSULA
Le projet INSULA ambitionne la reconstitution numérique visuelle et sonore d’un espace urbain lillois à la fin de la période médiévale : la place du marché (actuelles Grand’Place et Place du théâtre de Lille).
Cette restitution numérique constitue un enjeu central dans cette recherche fondée sur les morphologies urbaines de la ville de Lille à la fin de la période médiévale. La place de Lille est ici pensée un laboratoire d’étude dans lequel les questions liées au dynamisme des formes urbaines prennent vie. Le but n’est pas de proposer une cartographie unique mettant en image le résultat figé des évolutions et des mouvements de la ville au fil du temps mais, a contrario, de contribuer à cerner la multiplicité́ des raisons et des motivations à l’origine de la production des espaces urbains lillois entre le XIIIe et le XVe siècle.
Au-délà de la dimension recherche, la restitution servira également à la diffusion et à la valorisation des résultats de la recherche, en particulier au propre des services patrimoniaux de la Ville de Lille.
Le projet INSULA bénéficie du soutien de la Région Hauts-de-France dans le cadre du CPER ENHANCE coordonné par la Fédération de Recherches Sciences et Cultures du Visuel et du PEPR ICCARE.