Marie-Laure Legay

Professeure des universités - Histoire politique et financière Epoque moderne
CNU : SECTION 22 - HISTOIRE ET CIVILISATIONS: HISTOIRE DES MONDES MODERNES ET CONTEMPORAINS
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Marie-Laure Legay

Professeure des universités - Histoire politique et financière Epoque moderne

Publications

La souveraineté monétaire dans les Pays-Bas méridionaux au XVIe-XIXe sicle, Turnout, Brepols Publishers, 2016

La souveraineté monétaire a-t-elle jamais existé ?

L’idée d’un retour à une souveraineté monétaire « nationale » exploite une fibre identitaire qui joue la nation contre l’Europe. Elle relève d’une conception figée de la souveraineté qui serait irréductiblement incarnée par l’Etat. L’histoire montre pourtant que la monnaie ne peut exister en dehors d’un consensus liant l’autorité souveraine aux acteurs du change, négociants et banquiers. L’étude des Pays-Bas méridionaux révèle qu’entre le règne de Charles Quint et la création de la banque nationale de Belgique en 1850, rares furent les périodes où les monnaies belges s'imposèrent dans le concert des nations européennes. Il faut attendre la grande réforme de 1749 pour voir fonctionner un  système monétaire efficace. Encore l’impératrice Marie-Thérèse dut elle pour y parvenir «  se relâcher de ses droits régaux en faveur de ses sujets ». La mise en œuvre d’un régime monétaire suppose une porosité de l’autorité politique qui doit composer sans cesse avec les corps constitués de la société, mais aussi avec les autorités voisines et les acteurs du marché des métaux et du marché des changes sur lesquels elle n’a pas la main.

Les loteries royales dans l'Europe des Lumières

Un « impôt sur les imbéciles », une « friponnerie », un « jeu cruel », un « fléau inventé par le despotisme »… Les hommes des Lumières n'avaient pas de mots assez durs pour dénoncer la loterie royale, une institution que tous les États européens ont mis sur pied au XVIIIe siècle. Les souverains encourageaient donc la passion du jeu, l’oisiveté, et captaient sans vergogne l’épargne de leurs sujets ? Faire croire que l’on gagne, tandis que l’on perd toujours, n’était-ce pas le propre d’un État corrompu ?
Ou bien doit-on plutôt considérer la loterie royale comme un outil d’ingénierie financière, le fruit d’une nouvelle rationalité publique ? La loterie est incompatible avec le secret de la finance, encore défendu par les doctrines absolutistes du pouvoir. Son succès s’appuie nécessairement sur les gazettes, la publicité, la transparence, tant de la roue de la fortune hissée sur une estrade, que des comptes, car tout soupçon de fraude doit être écarté. Pour la première fois, l’État s’expose à ne pas perdre la confiance du public. Les « calculateurs », — des plus savants, comme d’Alembert ou Condorcet, aux plus aventuriers comme le jacobite John Glover ou le vénitien Giacomo Casanova —, proposent des méthodes de gains qui garantissent un revenu permanent, tandis que la croissance du XVIIIe siècle permet le développement de l’épargne populaire. Voici donc que le hasard, combiné à l’abondance, génère un revenu public, un fonds de trésorerie que tous les souverains convoitent.

Baury (R.), Legay (M-Laure), L'invention de la décentralisation. Noblesse et pouvoirs intermédiaires en France et en Europe XVIIe-XIXe siècle

Partout en Europe, c'est dans le cadre des « pays » primitifs (comtés, duchés, principautés) que les noblesses ont affirmé leur vocation politique. L'absorption de ces « pays » dans des ensembles plus vastes n'a pas aboli les structures de représentation (assemblées d'états, diètes, cortès) dans lesquelles les corps nobiliaires se sont épanouis comme « représentants-nés » de territoires en voie de provincialisation.
Cet ouvrage étudie le rôle que les noblesses européennes ont joué dans les phénomènes de résistance et de renouvellement des pouvoirs intermédiaires sous les anciens régimes. Il prolonge la réflexion au-delà de 1789 pour comprendre comment, en France, la noblesse s'est adaptée à la mutation des cadres territoriaux et à la centralisation du pouvoir.

La banqueroute de l'Etat royal. La gestion des finances publiques de Colbert à la Révolution, Paris, EHESS, 2011

Cet ouvrage insiste sur les obstacles financiers rencontrés par la monarchie : l’ampleur de la dette exigible, pourtant semblable à celle de l’Angleterre au sortir de la guerre d’Indépendance ; la toute- puissance de l’intermédiation financière (officiers, financiers, corps d’Etats, compagnies) formant une aristocratie de premier ordre, et enfin les défauts d’ensemble de la fiscalité, sans rapport suffisant et rationnel avec la richesse nationale. Mais ce n’est pas suffisant : il faut comprendre que la monarchie a bradé ses atouts, elle a perdu le contrôle de ses recettes pourtant centralisées, et donc le contrôle de sa trésorerie ; elle a raté la liquidation des dettes de Louis XIV, ou plus exactement n’a pas opéré la révolution technique nécessaire à l’adaptation de son système, victime en quelque sorte des atouts de sa gestion colbertiste ; elle a préféré ménager les contribuables, et la paysannerie, mais ne rien cédait sur le secret de ses finances ; elle a créé une nation de rentiers sans les reconnaître juridiquement .

[CR par Philippe Arnaud, Le Monde, 13 décembre 2011 ; Le Temps finance, 19 décembre 2011 ; par Anne Dubet, Comptabilités. Revue d’histoire des comptabilités, n° 3, 2012 ; par Jean-Christophe Le Duigou, L’Humanité, 16 novembre 2011 ; par Daniel Cardot, Alternatives Economiques n° 310 - février 2012 ; Paul Lagneau-Ymonet et Angelo Riva, Le Monde diplomatique, juin 2012, Hispania, 2014, vol LXXIV, n° 247, p. 589-636…].

 

Dubet(A.), Legay (M.Laure), La Comptabilité publique en Europe 1500-1850, PUR, 2011

Ce livre est l’un des premiers à présenter une histoire comparée du contrôle et de la comptabilité publique dans l’Europe des États modernes. Il l’aborde sans a priori, ni sur les « carences » ni sur les « avancées » traditionnellement mises en avant à propos de l’ancienne gestion pratiquée par les organisations étatiques. Il dégage des résultats décisifs sur les finalités et l’efficacité des comptes, les techniques comptables et les hybridations culturelles à travers l’Europe jusqu’à la formation des grands règlements normatifs du milieu du XIXe siècle.

Les Etats provinciaux dans la construction de l'Etat moderne, Genève-Paris, Droz, 2001

Comptes-rendus  par William Beik, Revue d’histoire moderne et contemporaine, t.50, n° 3, p. 206-209 ; par Joël Cornette : Revue historique, CCCIV/1, 2002, p. 210-214 ;  par Robert Descimon : Annales Histoire, Sciences Sociales, n°1/2003, p. 240-242 ; par William Doyle : English Historical Review, CXVII, 474, 2002, p. 1265-1266 ; par Andreas Imhoff : Francia, 31/2, 2004, p.292-293 ; par Julian Swann : French History journal, 2006, p. 279-280…etc…

Dictionnaire de la comptabilité publique 1500-1850

Ce dictionnaire est le premier outil d’analyse des termes, techniques et réformes comptables restitués dans leur contexte historique. Fruit du travail d’une équipe d’historiens, de juristes et de spécialistes de sciences de gestion, il court sur la période 1500-1850. Sans omettre les expériences d’adaptation de la comptabilité marchande aux organisations publiques, il met en évidence la construction d’un savoir autonome, reconstitue des procédures jusque-là mal comprises et propose une histoire européenne comparée du contrôle comptable.

[CR par Wolfgang Reinhardt, Francia, Esteban Hernandez Esteve, De Computis, Revista Española de Historia de la Contabilidad, Spanish Journal of Accounting History, n° 13, diciembre 2010, p. 245-251 ; par Georges Gallais Hamonno, dans la revue Comptabilité, contrôle, audit, avril 2012, p.184-186 ; par  Anne Pezet, dans Accounting History Review, n°21, 2011, p. 240-241…] ; par Peter Claus Hartmann, dans Francia-Recensio, 2012-1, Frühe Neuzeit. Par Cédric Glineur, dans Revue Historique de Droit Français et Etranger, n° 89, (1), janv.-mars 2011, p.138-139 ; par André Barilari dans Revue française d’administration publique, 2011/1 (n° 137-138) : « C’est en fait beaucoup plus qu’un dictionnaire de comptabilité publique, c’est une véritable histoire des fondements de nos finances publiques et par là-même, une chronique de la mise en place des principaux mécanismes de gestion de l’État, car nous savons que l’histoire du pouvoir est indissociable de celle de ses finances »….

 

Les modalités de paiment de l'Etat moderne, Paris, CHEFF, 2005

Si on connaît le poids de l’armée, de la marine, du service de la dette, les circuits internes qu’emprunte, au XVIIIe siècle, l’argent de l’État redistributeur demeurent encore obscurs. Les dotations des principales caisses centrales, les transferts de fonds de caisse à caisse, les ordres de paiement, notamment sur les caisses provinciales, et finalement l’acquittement des dépenses auprès des nombreux destinataires des fonds publics n’ont pas été étudiés en tant que tels.

Or, apprécier la manière dont l’État organise la gestion de ses dépenses, met en œuvre les modalités de redistribution de l’argent public, et fait face (ou non) à ses obligations de paiement, nous renseigne utilement sur les relations financières qu’il entretient avec la société.

Comment l’État paye-t-il les Français ? Qu’il s’agisse du paiement des soldes, gages, rentes, remboursement des corvées militaires, exemptions, remises fiscales, indemnités des expropriés, pensions, gratifications…, par quelles voies les fonds parviennent-ils à leurs destinataires ? Selon quel ordre de priorité, quelle forme (espèces, billets), quel délai ?

Robespierre et le pouvoir provincial. Dénonciation et émancipation politique, Édition critique de A la Nation artésienne, sur la nécessité de réformer les Etats provinciaux