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Axes de recherche

Je mène mes recherches au sein du laboratoire STL 'Savoirs, Textes, Langage' (UMR 8163, CNRS). Mes travaux s'inscrivent dans le premier champ de recherche du laboratoire, intitulé Langues et langage.
Ma recherche se structure autour de deux domaines d'intérêts que je vois comme complémentaires. Le premier porte sur les relations entre forme, sens et contexte, à travers une réflexion sur l’interface sémantique-pragmatique et sur le cadre socio-pragmatique de la Grammaire des Constructions. Le deuxième concerne l’étude de la modalité en anglais et, plus récemment, de la post-modalité. Ces deux orientations se sont nourries mutuellement et ont progressivement conduit à la construction d’un axe de recherche consacré aux relations entre modalité, post-modalité et contexte d’usage.

Axe 1
1.1. Interface sémantique-pragmatique
Une partie de ma recherche tend à préciser les relations entre sémantique, pragmatique et contexte d’usage, en interrogeant notamment la part respective des connaissances linguistiques et des processus d’interprétation dans la construction du sens. Cette réflexion a d’abord été développée à travers l’étude du phénomène de coercition (Leclercq 2019) et des concepts ad hoc (Leclercq 2023), puis approfondie dans l’ouvrage Linguistic Knowledge and Language Use (Leclercq 2024), qui met notamment en dialogue Grammaires des Constructions et Théorie de la Pertinence. Elle s’est ensuite élargie à l’étude des relations entre constructions et contexte dans un numéro spécial de Cognitextes que j'ai édité avec Guillaume Desagulier et Dylan Glynn (Leclercq et al 2024). Les travaux plus récents prolongent cette réflexion en s’intéressant aux processus dynamiques de construction du sens : d’une part, avec une entrée encyclopédique qui propose une synthèse des principaux enjeux de cette interface dans le cadre constructionniste (Leclercq 2026; voir aussi Leclercq 2020) ; d'autre part, avec une communication à ICMC sur le Good-enough languaging qui élargit la réflexion aux processus dynamiques de production du sens (Leclercq 2026). Ces recherches ont ainsi conduit à une conception du sens qui articule propriétés linguistiques, contexte et pratiques d’usage.

1.2. Cadre socio-pragmatique des Grammaires de Construction et isomorphisme
Une deuxième partie de mes recherches porte sur la relation entre forme et sens dans le cadre de la Grammaire des Constructions, et plus particulièrement sur les questions d’isomorphisme et d’optionalité dans le système linguistique. L’article « No Equivalence: A New Principle of No Synonymy » (Leclercq & Morin 2023) propose ainsi de repenser le principe de non-synonymie, particulièrement en tenant en compte des notions de compétitions et de sens social. Cette réflexion a été testé dans une approche computationnelle (Leclercq, Morin & Pijpops 2025), ce qui a permis de développer certaines nuances conceptuelles relatives aux possibilités expressives des locuteurs. Le Cambridge Element « The Meaning of Constructions » (Leclercq & Morin 2025) synthétise et élargit cette réflexion en proposant une conception du sens des constructions qui articule dimensions linguistiques, cognitives et socio-pragmatiques. Elle se poursuit actuellement avec la préparation, avec Cameron Morin, du numéro spécial « Isomorphism and Optionality in the Linguistic System » pour Language and Cognition (issu d'un workshop organisé à SLE 2025), dans lequel notre article d'introduction ouvre la question aux phénomènes d’optionalité et de variation libre avec la notion d’attunement, proposée comme nouveau principe d’optionalité (Leclercq & Morin, accepté). Ces travaux contribuent ainsi à développer l'approche socio-pragmatique des Grammaires des Constructions, dans laquelle la variation formelle et l’optionalité sont envisagées non comme phénomènes périphériques, mais comme des propriétés centrales du système linguistique en usage.

Axe 2
2.1. Modalité
Un troisième pan de mes recherches porte sur l’étude de la modalité en anglais, abordée à la fois dans ses dimensions sémantique, pragmatique et constructionnelle. Les travaux consacrés à be able to (Leclercq & Depraetere 2022) et l’analyse en n-grams de can, could et be able to (Leclercq 2022) ont permis d’articuler analyse qualitative et approche quantitative des usages modaux. Cette recherche s’est ensuite développée dans le cadre du projet consacré aux constructions modales et de l’ouvrage collectif Models of Modals (Depraetere et al 2023), dans lequel j’ai contribué à plusieurs chapitres. Ceux-ci portent notamment sur la modélisation théorique de la modalité, sur le rôle de la « source de la modalité » et de ses propriétés pragmatiques dans l’interprétation des verbes de nécessité, ainsi que sur les verbes de possibilité. Un autre chapitre explore les apports du traitement automatique des langues, en montrant que les propriétés d’emploi des modaux peuvent contribuer à distinguer différents niveaux de compétence en anglais. Plus récemment, le travail s’est élargi à une réflexion sur la variation et le changement de la modalité en anglais, dans l’article « The Shifting Landscape of Modality in English: Meaning, Variation and Change », soumis avec Alessandro Basile et Cameron Morin à la revue Language and Linguistics Compass. L’ensemble de ces travaux a ainsi permis d’aborder la modalité à plusieurs niveaux, depuis la caractérisation théorique de ses propriétés jusqu’à l’analyse de ses usages en corpus et à leur traitement computationnel.

2.2. Post-modalité
Le quatrième volet de mes recherches s’est progressivement développé à partir de l’étude de la modalité vers celle de la post-modalité. Il trouve son origine dans mon article consacré aux emplois concessifs de may et might (Leclercq 2024), interrogeant le statut de ces emplois et leur relation aux valeurs modales d’origine. Cette réflexion s’est poursuivie via l’analyse de may et might en collocation avec well (Leclercq & Trousdale 2025), et s’est étendue à d’autres phénomènes dans lesquels la distinction entre modalité et postmodalité constitue un enjeu. Cette distinction est notamment mobilisée dans un article accepté chez English World-Wide (Basile & Leclercq accepté), consacré aux modèles de variation de l’anglais, ainsi que dans des travaux en cours avec Graeme Trousdale sur les interro-négatives modales et avec Alessandro Basile sur might want to. Lors d’un séminaire invité à Sorbonne Université (Leclercq 2025), j’ai également proposé une réflexion d’ensemble sur les évolutions récentes du domaine de la modalité, en envisageant notamment les directions prises par certaines formes vers des emplois post-modaux. Ces travaux témoignent ainsi de la constitution progressive d’un axe de recherche consacré à la post-modalité, qui vise désormais à dépasser l’étude de quelques formes particulières pour interroger plus largement les mécanismes, les contextes et les trajectoires qui permettent le passage de la modalité à la post-modalité.