Aurélien Roche
Axes de recherche
Domaines de recherche
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Littérature générale et comparée
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Poésie du vin, poésie de l'ivresse, poésie bachique, air à boire, chanson à boire
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Irréligion, hétérodoxie, libertinage
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Poésie arabe VIIIe-IXe s., khamriyya
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Poésie latine médiévale XIIe-XIIIe s., carmina potatorum
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Poésie française XVIIe s., recueils poétiques et musicaux de chansons à boire
Résumé de la thèse
Le verre libertin. Poésie bachique et irréligion (VIIIe s. arabe - XIIe/XIIIe s. latin - XVIIe s. français)
Ma thèse de littérature comparée interroge les rapports entre la poésie du vin profane et le discours irréligieux dans trois corpus : les khamriyyat (« poèmes sur le vin ») arabes du début de l'époque abbasside (VIIIe-IXe s.), les carmina potatorum (« chants de buveurs ») de l'Occident médiéval chrétien (XIIe-XIIIe s.) et les pièces bachiques françaises de la première moitié du XVIIe s. Dans les contextes monothéistes chrétien et musulman, les poèmes profanes invitant le lecteur à s'enivrer apparaissent en effet comme des textes subversifs qui font l'apologie d'un système de valeurs radicalement différent de celui que prône l'orthodoxie. Si le vin est explicitement qualifié d'"œuvre de Satan » dans le Coran (5:90), la boisson est également largement condamnée dans le monde chrétien par les Pères de l'Église qui rangent les sectateurs enivrés parmi les ennemis de Dieu, malgré l'importance rituelle du vin dans cette religion. Considérées comme un « délire d'ivrogne » par les dévots de leur temps et par une certaine tradition critique, ces pièces dites bachiques ont longtemps été reléguées au rang de littérature légère et peu sérieuse. Peut-être est-ce là la force de ces poèmes de l'ivresse qui semblent constituer un espace où devient tolérable l'énonciation explicite de blasphèmes scandaleux pour l'orthodoxie, au prétexte que ce ne seraient que paroles de débauchés ou de fous. Les poèmes de chacun de ces corpus dialoguent avec plusieurs hypotextes qui ont contribué à fixer dans les imaginaires une association entre le buveur, l'hédoniste et le mécréant (poésie préislamique, Coran et Hadith pour la culture arabo-musulmane, littérature anacréontique, horacienne et patristique pour la culture occidentale). Après avoir retracé ces réseaux intertextuels, je propose une typologie des différentes formes d'irréligion observées dans les pièces du corpus (partie I). Je montre ensuite que la poésie du vin y apparaît comme un contre-genre remployant des stylèmes propres à la poésie religieuse ou aux textes sacrés pour les détourner (partie II). Je réfléchis enfin aux stratégies permises par le recours au genre bachique et à la façon dont l'ivresse enlève le fardeau de la responsabilité du locuteur et de sa bienséance (partie III). En définissant ces poèmes célébrant le vin comme des textes polémiques construits en opposition aux normes, religieuses en particulier, sans aller jusqu'à conclure de la sincérité de cette posture irréligieuse, indémontrable, j'espère témoigner de l'existence d'un sous-genre littéraire singulier, le « bachisme libertin ». J'accompagne cette réflexion d'une traduction des khamriyyat d'Abu Nuwas. Leur réception en Europe est restée cantonnée au cercle des historiens des lettres abbassides malgré la célébrité du poète dans le monde arabe. La traduction de poèmes arabes sur le vin permettra de montrer une facette originale de la littérature du monde arabo-musulman, encore traitée à la marge dans la recherche comparatiste et méconnue du lectorat occidental.