** Axes de recherche :

  1. La langue et la littérature françaises du XVIe siècle ;
  2. L'histoire et la poétique de la littérature viatique ;
  3. Le lexique des perceptions sensorielles en littérature ;
  4. Les représentations de l'Amérique et de ses populations autochtones dans la littérature européenne.

 

 

** Résumé du projet de thèse :

                                                « Le lexique des cinq sens dans les récits de voyage à la Renaissance (1534 - 1629) »

 

Chaque voyage est la tentative, plus ou moins réussie, d'interpréter la nouveauté de l'environnement dans lequel le voyageur est plongé. Comment traduire la sensation ? S'il est bien un genre littéraire qui se pose cette question, c'est celui de la littérature viatique. 

La thèse que je suis en train de rédiger ne souhaite pas s'intéresser aux mots nouveaux du Nouveau Monde, ce qui a déjà été fait, mais veut envisager le processus de création lexicale qui s'applique à une nouvelle perception. Comment dire ce qui n'a jamais été dit, ce qui est inouï, ce qui n'a jamais été senti ? À l'aide de l'étude du lexique, je propose d'étudier les liens entre perceptions et sensations, entre ce qui est réellement vécu et ce que les auteurs-voyageurs traduisent dans les textes. Toute sensation est forcément médiatisée par le langage. Comment rendre compte de cette tension entre les perceptions, les sentiments et le récit ?

Le corpus primaire est composé des récits de voyage – peu importe la forme du texte – de langue française dans la Nouvelle-France des « vaines tentatives », c'est à dire le Brésil, la Floride et le Québec entre 1534 et 1629 : Jacques Cartier (Brief Récit, 1545), André Thevet (Les Singularitez de la France Antarctique, 1557), Nicolas le Challeux (Discours, 1556), Jean de Léry (Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, 1580), René de Laudonnière (Histoire Notable, 1580) et Marc Lescarbot (Histoire de la Nouvelle France, 1609). En effet, le choc provoqué par la découverte de ce continent « inouï » a une incidence sur les récits qui veulent dire la nouveauté tout en se fondant sur des récits de voyage antérieurs, en Orient par exemple. Le corpus secondaire est composé d'un certains nombres de récits de voyage, majoritairement en Amérique à la Renaissance mais également au Moyen Âge et dans l'Antiquité. D'autre part, il fait appel aux textes scientifiques et philosophiques de la Renaissance présentant les cinq sens. 

La première partie de la thèse s'interroge sur les enjeux linguistiques de la reconstitution des perceptions dans les textes : quels sont les termes dans la langue utilisés par les auteurs ? Les textes sont-ils originaux sur ce point ? Cette réflexion est menée sur les plans synchronique (quel est le vocabulaire des cinq sens au XVIe siècle) et diachronique (les cinq sens de l'Antiquité au XVIe siècle). La deuxième partie de la thèse quitte la perceptive linguistique pour aborder la dimension littéraire des récits de voyage. En étudiant l'importance des sens dans la poétique des récits, je suggère de relire un certain nombre de lieux communs du genre viatique : les rencontres avec l'altérité, la découverte d'une terre paradisiaque, l'analogie ou encore la merveille, à la frontière entre factum et fictum. Enfin, le troisième partie étudie les limites de la reconstitution des perceptions. En ce sens, je m'intéresse à différents éléments des paratextes des récits composant le corpus afin de déterminer la place des sensations dans ces lieux où le corps du voyageur est exhibé.