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Thèse : Les mères seules, travailleuses pauvres : rapport au travail, emplois et politiques publiques

Encadrement de la thèse par François-Xavier Devetter, professeur des Universités, Université de Lille

soutenue le 15 octobre 2026

Résumé : Cette thèse s’intéresse à une catégorie de population particulièrement vulnérable face à la pauvreté : les mères seules. Leur nombre a augmenté avec les transformations familiales et l’essor de la monoparentalité, représentant aujourd’hui près d’une famille sur quatre en France. Alors que les politiques publiques accordent une place croissante à l’emploi comme principal levier de lutte contre la pauvreté, dans le cadre d’un renforcement des logiques d’activation depuis les années 1990, les mères seules demeurent significativement plus exposées à la pauvreté que les autres parents, y compris lorsqu’elles ont un emploi. Elles subissent aujourd’hui une double peine sur le marché du travail : être une femme et assumer seule la charge d’enfant·s. L’objectif de cette thèse est d’analyser les mécanismes qui contribuent à l’enfermement des mères seules dans les emplois féminisés et précaires du segment secondaire du marché du travail (services à la personne, nettoyage, commerce, hôtellerie-restauration), ainsi que les conditions dans lesquelles ces emplois les maintiennent dans des situations de pauvreté. Pour ce faire nous mobilisons une méthodologie mixte, alliant une analyse quantitative des enquêtes Emploi en continu, Revenus fiscaux et sociaux et Statistiques sur les ressources et les conditions de vie de l’Insee pour l’année 2022, et une enquête qualitative auprès de mères seules et d’acteur·rice·s du marché du travail, de l’insertion et de l’action sociale. Nous montrons, d’une part, que la catégorie des mères seules est une construction sociale dont les contours ont été progressivement définis par des logiques institutionnelles et normatives. Nous mettons en évidence, d’autre part, la persistance de situations de pauvreté laborieuse, étroitement liées aux caractéristiques des emplois occupés (temps partiel subi, faibles revenus d’activité), aux conditions de travail (horaires atypiques, pénibilité) et à la discontinuité des trajectoires professionnelles. L’enquête qualitative nous permet ensuite de saisir leurs expériences de la pauvreté, les arbitrages réalisés et les pratiques mises en œuvre pour y faire face dans un contexte fortement contraint. Enfin, nous analysons le rôle des politiques d’activation et des dispositifs d’accompagnement dans la reproduction de ces trajectoires. Nous montrons que les pratiques des intermédiaires de l’emploi, prises dans des contraintes organisationnelles et des logiques d’orientation rapide vers l’emploi, tendent à orienter les mères seules vers des emplois de mauvaise qualité, en cohérence avec des représentations genrées des rôles familiaux et professionnels. Nous soulignons ainsi les limites d’une approche de la lutte contre la pauvreté centrée sur l’accès à l’emploi, lorsque les caractéristiques de celui-ci ne garantissent ni des conditions d’existence suffisantes, ni des trajectoires professionnelles stabilisées.