Gabriel Galvez-Behar

professeur des universités - Histoire de l'innovation
CNU : SECTION 22 - HISTOIRE ET CIVILISATIONS: HISTOIRE DES MONDES MODERNES ET CONTEMPORAINS
    0320416796
A3.125
Mercredi 10h30-12h00 et sur rendez-vous
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Gabriel Galvez-Behar

professeur des universités - Histoire de l'innovation

Axes de recherche

Histoire de la valorisation de la recherche

Cet axe repose en premier lieu sur le projet qui a été sélectionné par l'Institut universitaire de France et qui porte sur l'histoire de la propriété scientifique. Depuis une vingtaine d'années, l'usage de la propriété intellectuelle par les institutions scientifiques s'intensifie au point d'en devenir l'un des critères d'évaluation. Toutefois son analyse historique est encore rare. Ce projet replace ce phénomène dans la perspective d'une histoire économique du travail intellectuel et scientifique à l'époque contemporaine. Il adopte une approche comparatiste et repose sur des collaborations interdisciplinaires. Son premier volet est consacré 1°) à une généalogie de la propriété scientifique, dont les premières revendications datent de la seconde moitié du XIXe siècle ; 2°) aux rapports entre propriété intellectuelle et activité scientifique. Le deuxième temps du projet porte 1°) sur l'émergence d'un nouveau régime de production de savoirs scientifiques à partir de la Première Guerre mondiale, du fait, notamment, des collaborations nouvelles entre science, industrie et armée ; 2°) sur l'analyse des débats relatifs à la propriété scientifique qui s'affirment dans les années 1920 et qui renaissent aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.


L'autre volet de cet axe porte sur l'entrepreneuriat académique (academic entrepreneurship) qui fait l'objet d'un grand nombre d'études, tant en sociologie qu'en économie, dans un contexte de profondes mutations des institutions d'enseignement supérieur et de recherche dans le monde. La notion reste cependant polymorphe, renvoyant tantôt  aux investissements matériels et symboliques des scientifiques dans leur propre champ, tantôt aux liens que ces derniers entretiennent avec le monde économique. Les rares études historiques actuellement disponibles suggèrent que la figure de « l'entrepreneur académique » existe au moins depuis le début du XIXe siècle. Une meilleure prise en compte d'une histoire longue et comparée de l'entrepreneuriat académique doit amener à reconsidérer certaines études contemporaines, qui constituent parfois les attendus – ou les modes de rationalisation ex post – des politiques actuelles de la recherche.

Les cadres institutionnels de l'innovation

Le deuxième de mes axes de recherche porte sur l'étude de la diversité des cadres institutionnels de l'innovation, et notamment des propriétés intellectuelles. Ces recherches partent du constat que depuis la Révolution française – et même auparavant, en fait – le droit d'auteur et le droit de l'inventeur ont été construits de manière concomitante mais parfois divergente. Ce processus résulte d'une évolution différente des professions intellectuelles et techniques ; il révèle également l'importance d'intermédiaires (juristes, agents, …) dans la construction des marchés des biens immatériels. De manière générale, j'ai défendu l'idée selon laquelle seule une histoire des différents types de propriété intellectuelle pouvait permettre de comprendre la portée de chacune de ces institutions censées favoriser l'innovation. Cette idée est corroborée par les travaux de master que je dirige actuellement sur la question de la mode et de la propriété des dessins et des modèles, en collaboration avec Audrey Millet.

L'autre type de diversité que j'analyse se rapporte aux échelles de la propriété intellectuelle. Une partie de mes travaux a consisté à reprendre ceux sur la question de la Patent Controversy, débat européen qui a notamment conduit à l'abolition de la législation sur les brevets d'invention aux Pays-Bas en 1869, cette situation étant évitée de justesse en Grande-Bretagne et dans la Confédération germanique. J'ai ainsi pu montrer la relation ambiguë que le mouvement en faveur de l'abolition des brevets entretenait avec les courants favorables au libre-échange et surtout mettre en évidence les lieux de construction des prémisses d'un droit international en la matière. Mes récents travaux m'ont conduit à souligner les jeux d'échelle existant dans la construction de ce droit qui aboutit à la mise en place en 1883 de l'une des premières unions internationales en matière économique (après l'Union télégraphique et l'Union postale). Alors que ses usages s'avèrent polarisés par un petit nombre de places dans le monde dès le XIXe siècle, la propriété industrielle est l'un des premiers domaines économiques à faire l'objet d'une régulation internationale

Les dynamiques de l'innovation à travers l'histoire des brevets d'invention

Mes travaux de thèse avait été l'occasion d'approfondir les rares acquis de l'historiographie sur l'histoire des brevets d'invention à l'époque contemporaine en France pour en faire un point d'observation pertinent des dynamiques de l'innovation. Après mon recrutement comme maître de conférences, j'ai entrepris d'élargir l'assise chronologique de mes travaux, initialement centrés sur les débuts de la deuxième Révolution industrielle. J'ai ainsi pu montrer que le jeu des dynamiques inventives dépendait d'une matrice révolutionnaire qui avait, d'une part, consacré le droit de l'inventeur comme un droit individuel et naturel et, d'autre part, fait émerger des corps intermédiaires de l'invention indispensables à la qualification sociale et économique de l'information technique. L'analyse des débats récurrents sur la loi relative aux brevets d'invention dans la première moitié du XIXe siècle en France – avant même la réforme de 1844 – m'a permis de mettre en lumière toute l’ambiguïté d'un mode de régulation national appréhendé de manière divergente par les acteurs locaux. Toutes ces analyses ont pu enrichir la publication de ma thèse intervenue en 2008.

Cet axe de recherche reste toujours au cœur de mon activité scientifique comme en témoigne le projet que je mène actuellement sur les marchés des techniques grâce à la constitution d'une base de données des cessions de brevets sur l'ensemble du XIX siècle et dont l'étude devrait apporter des éclairages nouveaux sur les échanges techniques de la période. De manière plus générale, les usages et les pratiques du brevet d'invention demeurent au cœur de mes recherches et notamment leur gestion concrète au sein des grandes entreprises, thème qui a donné lieu à l'organisation d'une session lors du World Economic History Congress de 2012 et à un atelier en 2016 qui devrait aboutir à la parution d'un numéro spécial d'Entreprises et histoire.