Francoise Saquer Sabin

professeure des universités - Professeure en Langue et littérature hébraïques modernes
CNU : SECTION 15 - LANGUES ET LITTERATURES ARABES, CHINOISES, JAPONAISES, HEBRA?QUES, D'AUTRES DOMAINES LINGUISTIQUES
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Francoise Saquer Sabin

professeure des universités - Professeure en Langue et littérature hébraïques modernes

Axes de recherche

Membre de l’équipe CECILLE (Centre d’Etudes « Civilisations, Langues et Lettres Etrangères ») EA 4074, créée en 2006 à Lille 3 ; direction de l’axe 8 : Les Mondes méditerranéens (2008-2016) ; pilotage des réseaux thématiques Les Espaces sexués (2011-2015) et Exil, Minorités (2014-2017).

 

Ma synthèse d’habilitation, Personne et personnage - Le Sentier étroit, faisait apparaître un penchant pour l’équation fiction-réalité, réalité référentielle-littérarité. Question pertinente concernant la littérature hébraïque moderne qui, dès son origine, est portée par l’idéologie, dans un rapport étroit entre renaissance linguistique et expression littéraire.

Les grandes lignes de mon parcours font apparaître divers pôles en dialogue.

1/ Le face à face israélo-palestinien.

L’expression du conflit suit l’évolution des tendances générales de la littérature hébraïque en Israël. La génération d’écrivains nés juste avant ou après la guerre des Six jours en 1967 se caractérise par une volonté de rompre avec les idéologies. Cette position, en rupture avec celle de leurs aînés, produit une écriture qui, à tous niveaux, défie les conventions. Si le roman de A. B. Yehoshua, La Mariée libérée, reste, en fin de compte et en dépit de certains aspects novateurs, dans des représentations expérimentées précédemment, la jeune génération se démarque des schémas relationnels représentés par les aînés. L’étude d’auteurs contemporains, comme Orly Castel Bloom et Etgar Keret, mais aussi Alon Hilou permet de déterminer la variété des approches thématiques et stylistiques et de mesurer l’ampleur de la rupture. Mes travaux explorent ces nouvelles pistes dans le traitement du conflit. Qu’ils revisitent l’histoire du sionisme en remontant aux origines (Hilou) ou qu’ils situent leur intrigue dans un cadre fantastique (Keret), les auteurs de la génération contemporaine intègrent la vision et la conscience palestiniennes dans leur narration. Sayed Kashua élargit la perspective à une authentique conscience arabe.

2/ Le dialogue intertextuel avec les textes fondateurs

La littérature hébraïque moderne convoque en permanence un vaste champ de connotations mêlant l’ancien et le nouveau, le classique et le moderne, ainsi qu’une tension Orient-Occident, tout en procédant à une redéfinition de ces deux termes dans un sens plus culturel que géographique. La présence d’un substrat biblique constitue un terrain de rencontre fédérateur. Depuis 2005, une réflexion est menée, dans une perspective pluridisciplinaire dans l’objectif de reconstituer le fil du dialogue intertextuel. Ma propre recherche se porte sur la récriture des mythes chez les romancières. La « revisite » des textes fondateurs révèle, dans l’espace romanesque, les zones d’ombre entretenues par la tradition, et placent la femme au centre de l’histoire dans une stratégie de réintégration de la composante féminine au cœur d'une tradition centrée sur le masculin. La récente parution aux éditions du Cerf du volume encyclopédique La Bible dans les littératures du monde, pour lequel on m’avait confié la responsabilité du secteur Langue hébraïque/Littératures israéliennes, a permis d’opérer une synthèse sur ce sujet.

3/ L’écriture féminine, et celle des femmes issues de milieux orthodoxes, m’a conduite aux Gender studies dont l’une des déclinaisons est la question du genre dans l’espace romanesque. Si l’expression littéraire féminine en langue hébraïque se caractérise par une grande discrétion jusqu’aux années 1980, elle envahit littéralement le monde de l’édition pour devenir majoritaire à l’aube du XXIe siècle. Cette écriture, comme la plupart des thèmes étudiés par mes soins, se caractérise par la dissidence, la brisure des mythes, l’anticonformisme. Mon dossier encore inédit, ouvert aux étudiants, L’Émergence d’une expression féminine dans la prose hébraïque moderne, constitue la première partie d’une publication en chantier.

La perspective interculturelle et pluridisciplinaire nous conduit à partager nos travaux dans des projets fédérateurs. J’ai piloté un réseau sur les Espaces sexués (2010-2015) et travaillé sur :

-       Le Corps de la femme comme métonymie de la terre dans l’espace romanesque,

-       la sexuation des espaces, publics et privés - stéréotypes, déplacements, interpénétrations,

-       la récriture des mythes fondateurs dans une perspective féministe.

L’ouvrage collectif Les Espaces sexués – Topographie des genres dans les espaces imaginaires et symboliques, paru en 2016, reflète les thématiques et travaux du réseau.

4/ L'espace et le territoire

La notion d'espace m’a conduite à interroger les notions de  territoires, frontières et dérivés - zone, seuil, passage et déplacements centre-périphérie. Un colloque à Haïfa, dont j'ai assure la co-organisation, s’est tenu les 22 et 23 mai 2017 sur le thème The Representation of the Relationship between Center and Periphery in the Contemporary Novel. Conjointement, mon ouvrage paru en juin 2017 chez LIT Verlag, Nouvelles hébraïques d’aujourd’hui. Espaces et Territoires – Pouvoirs et Marginalités, est le fruit d’un travail de plusieurs années. À partir de la traduction de douze nouvelles contemporaines, dont tous les personnages se situent dans un espace marginal par rapport à la société hégémonique, j’étudie les possibilités de passage entre leur espace interne et celui qui représente une centralité. Le fil conducteur étant de savoir si l’espace romanesque est susceptible de constituer un lieu de rencontre, là où les frontières restent étanches dans la zone de référence, s’il pourrait-il être le lieu où sont susceptibles de s’assouplir les frontières entre centre et périphérie.

5/ La thématique Exils, minorités, marginalités s’inscrivait dans la suite cohérente des travaux précédents. Le réseau que j’ai piloté (2014-2017) a interrogé principalement les stratégies d'écriture des auteurs en exil et les phénomènes de contact des langues, se distinguant ainsi des autres programmes consacrés à l’exil. Les différents ateliers menés en France et chez nos partenaires étrangers, ont permis de développer cet aspect, tant sur le plan théorique que dans une démarche analytique appliquée aux auteurs israéliens contemporains. Un colloque international en novembre 2017 sera suivi d’une publication propre à refléter les travaux en cours.

 

Conclusion

L’édition d’œuvres littéraires traduites de l’hébreu s’est considérablement développée ces dernières décennies, avec une accélération en mars 2008 lorsque Israël fut invitée d’honneur au Salon du livre à Paris. Les spécialistes de littérature contemporaine en France sont peu nombreux, si bien que peu de travaux sont publiés en français. Tous nos travaux participent à la recherche littéraire, en général et à la connaissance d’un domaine littéraire qui reste à explorer, en particulier. Les projets fédérateurs  et les échanges avec nos collègues d'autres aires culturelles, inscrivent la jeune littérature hébraïque moderne dans les grands courants actuels de la recherche. La collection que j’ai créée chez LIT Verlag (« Littérature hébraïque en dialogue ») avec mon collègue Matthias Morgenstern, se donne pour vocation de diffuser toutes formes de recherche dans ce domaine.