Roland Noske

maître de conférences-HDR - Histoire précoce des langues germaniques, linguistique amérindienne, histoire du français, histoire de l’allemand
CNU : SECTION 07 - SCIENCES DU LANGAGE: LINGUISTIQUE ET PHONETIQUE GENERALES

Roland Noske

maître de conférences-HDR - Histoire précoce des langues germaniques, linguistique amérindienne, histoire du français, histoire de l’allemand

Présentation

Activités depuis 2005

Etant phonologue (néerlandisant et romaniste), je me suis orienté depuis 2005 vers la linguistique historique du néerlandais, des langues germaniques en général et du français. Mon approche combine la linguistique historique avec la phonologie théorique, ce qui m’a amené à développer l’idée d’un Sprachbund entre le néerlandais méridional et le français, cf. mes publications de 2005, 2007a. Dans ces articles je montre qu’à l’opposé du néerlandais des Pays-Bas, les frontières de morphème ne sont pas des frontières pour la syllabification en néerlandais de Belgique (cf. néerl. des Pays-Bas uit.[ʔ]ein.de.lijk ‘finalement’, avec coup de glotte pour marquer le début de la deuxième syllabe, versus ui.tein.de.lijk  en néerlandais de Belgique (‘.’ = frontière de syllabe). J’émets alors l’hypothèse que le comportement du néerlandais de Belgique est influencé par le français, où le phénomène d’enchaînement est de rigueur (comme dans [ɛ.la.ʁɛ.tœ̃.vo.lœʁ] elle arrête un voleur). Cette différence est ensuite expliquée, dans le cadre de la théorie d’optimalité, par un ordre inversé de contraintes de fidélité en de marque dans le néerlandais de Belgique comparé au néerlandais des Pays-Bas.

J’ai ensuite revenu sur cette idée (publication de 2007b). J’y montre que la situation est bien différente : c’est plutôt le néerlandais du nord (des Pays-Bas) qui a subi d’importantes évolutions typologiques par rapport au moyen néerlandais, plutôt que le néerlandais méridional (de la Belgique actuelle). En outre, le français était bien différent à l’époque l’emprunte supposée de l’enchaînement par le néerlandais méridional et très probablement ne connaissait pas encore le phénomène d’enchaînement.

Ensuite j’ai montré que l’accent du gallo-roman et l’ancien français ne peut pas avoir été influencé par le francique, contrairement à ce que signalent la majorité des manuels sur l’histoire du français (publications de 2007b, 2008, 2009). Deux arguments sont que l’ancien néerlandais et l’ancien haut allemand n’avaient pas de processus de réduction de voyelle, contrairement au gallo-roman et à l’ancien français, et que du point de vue de la typologie prosodique, le français d’une part et le néerlandais et l’allemand de l’autre se sont développés dans des directions inverses. Je montre aussi que l’idée de la bipartition entre langues « à accent mélodique » et langues « à accent expiratoire » , toujours utilisée en linguistique historique, est dépassée et donc pas valable (publication de 2008, 2009). Il s’agit plutôt d’une distinction entre des langues où le plus important catégorie prosodique est le mot (comme l’allemand) et des langues où la plus importante catégorie est la syllabe (comme le français. De cette constatation est né mon intérêt en typologie phonologique.

Ensuite. j’ai travaillé sur les loi phonétiques (telles que formulées par les néogrammairiems) en germanique, plus précisément sur les problèmes concernant la chronologie relative la Loi de Verner et celle de Grimm, ainsi que la relation entre ces deux lois phonétiques. Vennemann (1984)  et Kortlandt (1988)  considèrent, contrairement à l’idée générale, que la loi de Verner doit avoir précédé celle de Grimm. Mes recherches par contre montrent que les deux lois doivent avoir fonctionné en même temps (Noske 2009b, 2012). Je montre que les lois de Grimm et celle de Verner doivent faire partie d’un seul changement en chaîne de propulsion, qui bifurque : poussée  par une occlusive glottale (éjective) qui se déglottalise, une occlusive sourde devient soit une fricative, soit devient voisée, selon le contexte.

Activités antérieures à 2005

Pendant mes études, j’ai travaillé d’abord en syntaxe, puis en phonologie. En 1977, pendant mes études de licence à l’Université d’Amsterdam, j’ai présenté une communication à l’Université Paris 8 (à Vincennes à l’époque) sur l’alternance de l’article partitif et de la préposition de dans la négation. Ensuite j’ai participé à des séminaires de recherche, ce qui a donné lieu à un article collectif (par deux chercheurs et six étudiants) dans Linguistic Inquiry 8 (1978) (voir la liste de travaux). Il concerne le statut des « pronoms r »  (du type therefore, hereby, etc.) en ancien anglais. Nous avons montré qu’il s’agit là de vrais pronoms et non pas d’adverbes, contrairement à l’avis  de Maling (1978) .

Ensuite, je me suis tourné vers la phonologie. En 1980, pendant mes études de master de linguistique génerale à Amsterdam j’ai fait des recherches sur l’ordre de l’application de règles phonologiques. Les résultats de ces recherches ont donné lieu à un article collectif de 3 auteurs, paru dans Journal of Linguistics (1982). Nous y montrons, contra Koutsoudas Sanders et Noll (1974)  et Koutsoudas (1980) , que l’ordonnance des règles est forcément extrinsèque.

Dans mon mémoire de master, j’ai fait une analyse de la syllabation, la chute du schwa et l’alternance voyelle fermée/semi-voyelle en français. Cette analyse a été publiée en 1983 en anglais et en 1988 en français. Un élément nouveau fut le fait que la sortie potentielle de ces processus, la chute de schwa et la semi-vocalisation, décide de leur application. Ce point de vue (application gérée par la sortie) a été repris plus tard dans la Théorie d’Optimalité. Les auteurs de cette théorie (J. McCarthy, A. Prince et P. Smolensky) me citent comme avant-coureur.

Ensuite j’ai travaillé sur des langues amérindiennes, notamment sur les processus qui influencent la structure syllabique en yawelmani (langue pénutienne de Californie centrale du sud) et en tonkawa (langue isolée du Texas et du Nouveau-Mexique). J’y montre que le processus de syllabation et d’alternance segmentale sont gérées par l’output (comme la chute du schwa et la semi-vocalisation en français).

Apres 1985, je me suis tourné vers des alternances segmentales liées à la structure syllabique dans d’autres langues, entre autres de l’allemand. Les résultats de ces recherches ont donné lieu à plusieurs publications, qui ont été partiellement reprises dans ma thèse, publiée en version modifiée en 1993 chez Niemeyer, Tübingen. Dans ce livre, je présente une théorie cohérente de la syllabation et des alternances syllabiques. Le deuxième chapitre montre les problèmes que rencontre une autre thèorie sur ce thème, à savoir celle qui estime que la structure interne de la syllabe content des mores (Hayes, 1989 ). Dans les chapitres suivants (3 à 6) j’applique in extenso ma théorie à quatre langues : l’allemand, le français, le tonkawa et le yawelmani.

En 1996, j’ai montré que l’analyse du français que j’ai proposée en 1983 peut être reformulée sans problème dans la théorie de l’optimalité (TO), sauf pour un phénomène qui montre qu’il est nécessaire de supposer que certains processus s’appliquent de façon sérielle. On se heurte donc à un problème classique d’opacité, pour laquelle dans la théorie phonologique on a plusieurs solutions ont (sympathy theory, output, output correspondence, sérialisme harmonique, etc., pour qui reste néanmoins problématique dans le cadre de la TO.

Pour l’allemand, j’ai montré dans un article de 1996 que le conditionnement morphologique de l’alternance du lieu du schwa entre la forme de l’adjectif épithète et l’adjectif substantivé ainsi que le verbe (cf. im dunklen Zimmer vs im Dunkeln et les verbes tels que zittern, betteln) n’est que apparent. Si l’on suppose qu’il y a un marqueur d’adjectif sous forme de schwa, on peut se passer de cette ingérence de la morphologie dans la phonologie et on peut retourner vers un modèle simple de item-and-arrangement. Cette affirmation est corroborée par des faits diachroniques.