Rim Hamdi

- Linguistique arabe, phonétique, phonologie, dialectologie arabe, sociolinguistique du monde arabe
CNU : SECTION 15 - LANGUES ET LITTERATURES ARABES, CHINOISES, JAPONAISES, HEBRA?QUES, D'AUTRES DOMAINES LINGUISTIQUES
  • Domaines de recherche

    Arabe, linguistique, dialectes arabes, sociolinguistique, phonétique, phonologie et prosodie

Rim Hamdi

- Linguistique arabe, phonétique, phonologie, dialectologie arabe, sociolinguistique du monde arabe

Présentation

Spécialiste de linguistique et de dialectologie arabe, mes travaux de recherche concernent principalement la description de la variabilité linguistique du domaine arabophone au plan phonétique, prosodique et lexical. Dans le cadre de ma thèse de doctorat en Sciences du Langage préparée sous la direction conjointe des Professeurs J.-M. Hombert et S. Ghazali (thèse réalisée en cotutelle entre l’Université Lyon 2 et l’Université de Carthage (Tunis, Tunisie) soutenue en 2007, je me suis plus particulièrement intéressée à la question de la discrimination des dialectes arabes à partir de critères prosodiques. Une recherche systématique des motifs syllabiques préférentiels a été effectuée sur différents parlers représentant les deux principales zones géographiques du monde arabe (i.e. Maghreb vs. Moyen-Orient) (Hamdi, 2007). Ce travail, effectué sur la base d’échantillons de parole spontanée collectés par moi-même sur le terrain, m’a permis, dans un premier temps, d'établir une dichotomie franche entre parlers arabes et dans un second temps, ces résultats exporter ces résultats dans le champ de du Traitement Automatique des Langues (TAL), discipline née dans les années soixante-dix et devenue depuis un domaine majeur de la communication parlée. Dans ce contexte, l’étude que nous avons conduite en collaboration avec le Laboratoire d’Informatique de Toulouse (IRIT) visait à évaluer la pertinence d’une modélisation prosodique automatique pour l’identification de zones dialectales principales de l’arabe. Nos expériences permettent d’atteindre un taux d’identification correcte de 98 % en considérant 3 zones dialectales, à savoir le Maghreb, le Moyen-Orient, ainsi qu’une zone intermédiaire (Tunisie-Egypte) (Hamdi, Barkat-Defradas & Pellegrino, 2004 ; Rouas, Pellegrino, Barkat-Defradas & Hamdi, 2006).

En conclusion, mes travaux de recherche en phonétique ont contribué à intégrer le champ de la dialectologie arabe traditionnelle au domaine novateur de l’identification automatique des langues (i.e. IAL) domaine qui, dans le contexte de mondialisation des systèmes de communication que nous connaissons aujourd’hui, occupe une place prépondérante au sein même de la société. Il y trouve en effet des applications diverses, couvrant à la fois des domaines aussi variés que la santé publique (par exemple : orientation des appels de détresse dans les standards hospitaliers d'urgence), le commerce (cf. transactions internationales) et/ou la Défense Nationale (par exemple, interception et traduction de conversations téléphoniques). Ils ont également contribué au développement numérique des langues peu dotées (i.e. less-represented languages) que constituent les dialectes arabes, langues vernaculaires pour lesquelles les services liés aux technologies du traitement de l’oral sont encore rares. Sur ce point, ma participation active au développement de la base de données numériques Araber (http://www.praxiling-corpuspluriels.fr/corpus/axe-de-recherche/parlers-vernaculaires-arabophones-sur-the-frog-story#more-8) constitue une réelle contribution au domaine. 

Au delà de ces travaux de recherche fondamentale menés, pour la plupart, au sein de l’équipe ‘Identification’ (dirigée par F. Pellegrino) du laboratoire Dynamique du Langage (CNRS UMR5596), et qui ont donné lieu à un certain nombre de publications scientifiques , j’ai par la suite cherché à intégrer mes connaissances théoriques sur la variabilité dialectale arabe au domaine, plus pragmatique, de l’identification de la langue et de la culture d’origine comme marqueurs de l’identité. La dimension transdisciplinaire de ce travail m’a conduite à développer des collaborations étroites avec des spécialistes de Droit afin de questionner de façon originale la contribution de la linguistique au domaine juridique (Barkat-Defradas, Belaïche & Hamdi-Sultan, 2011). En effet, alors que la linguistique légale (i.e. forensic linguistics) existe depuis quelque quarante ans  dans les pays anglo-saxons, les tribunaux français n’intègrent que rarement l’idée que les linguistes disposent de moyens d'analyse pouvant éclairer de façon pertinente le débat judiciaire notamment dans le cadre des procès mettant en question la détermination de l’origine linguistique et culturelle de prévenus dits « sans-papiers ». Et, bien que les besoins légaux soient toujours plus nombreux (cf. « crise » actuelle liée à l’afflux des demandeurs d’asile en Europe), les linguistes de France ne sont encore que très rarement sollicités.

Plus récemment (2012-15) ma participation au projet ANR Prems « Influence du développement phonologique et de l’input sur les premiers mots » coordonné par S. Kern (Laboratoire Dynamique du Langage – Equipe "Langage, Développement, Individu", UMR5596 CNRS & Université de Lyon) et mené en collaboration avec le laboratoire Praxiling (UMR5267 CNRS & Université de Montpellier) et le Laboratoire Structures Formelles du Langage (UMR7023 C NRS & Université Paris 8)  m’a permis d’aborder le champ de l’acquisition du langage et notamment de l’arabe Tunisien en tant que langue maternelle. D’une façon générale, ce programme de recherche portait sur le développement lexical chez le jeune enfant dans une perspective translinguistique (comparaison de 4 langues – français, anglais, arabe tunisien, berbère Tachelhit – présentant des articulations phonologiques plus ou moins complexes). Il avait pour ambition une approche holistique prenant en compte l’interface entre la production et la perception. Dans ce cadre, l’acquisition lexicale est vue comme un processus émergeant de l’interaction entre les capacités motrices et l’apprentissage (par imitation) à partir de l’input de l’environnement linguistique. Bien que l’étude du développement du lexique précoce ait donné lieu à de nombreux travaux dans les langues de grande diffusion telles que l’anglais ou le français, les études en acquisition portant sur l’arabe sont elles aussi encore très peu fréquentes et, quand elles existent, elles concernent soit l’apprentissage tardif et formel de l’arabe standard ; soit l'acquisition de variétés d’arabe dialectal largement documentées dans la littérature comme l'arabe dialectal égyptien ou jordanien. Les analyses longitudinales (sur 3 ans) que j’ai menées dans le cadre du projet Prems ont ainsi contribué au développement des études acquisitionnelles en arabe dialectal en révélant que l’ordre d’acquisition des segments consonantiques est déterminé par leur complexité articulatoire (Bellemmouche, Gayraud, Hamdi-Sultan & Barkat-Defradas , 2014) et que le contexte social (mesuré en terme de fréquence d’exposition aux mots dans le cadre des activités partagées entre mères et enfants) contribue de façon significative au développement langagier tant du point de vue quantitatif (i.e. nombre de mots différents) qu’au plan qualitatif (i.e. exactitude des productions lexicales enfantines / cibles au plan articulatoire) (Glas, L., Rossi, C., & Hamdi, R., 2015). En outre, ma contribution au projet Prems a également permis de collaborer (i) à la constitution d’une importante base de données de productions enfantines entre 9 et 30 mois en arabe dialectal tunisien (i.e. 234 heures d’enregistrements audio-vidéo mères/enfants (N=8), transcrites manuellement sous PHON) et (ii) à l’enrichissement de la base TalkBank-CHILDES, plate-forme numérique partagée par la communauté internationale, sur laquelle la totalité du corpus sera reversée.

En conclusion, mon incursion dans le domaine de l’acquisition du langage a permis une description précise du développement phonético-phonologique et lexical des enfants apprenant des langues typologiquement différentes, pour certaines jamais décrites (i.e. arabe tunisien). Ils ont démontré (i) l’importance des contraintes articulatoires sur la production des mots et (ii) l’influence de la diversité des contextes et des types d’activités sur les comportements linguistiques et interactifs des dyades mères-enfants. Ces données linguistiques sont porteuses d’un nombre d’informations encore largement inexploitées.

Enfin, depuis mon recrutement en tant que Maître de Conférences au sein du Département d’Arabe de l’Université de Lille et mon rattachement à l’équipe "Discours, Oralité(s) & Gestualité(s)" du laboratoire Savoir, Textes, Langages (UMR 8163 CNRS & Université de Lille), je poursuis mes travaux sur la diversité linguistique en questionnant tout particulièrement la question des interactions existant entre les différents registres de l’arabe (i.e. dialectal vs classique) et entre l’arabe et le français. D’une façon générale, la problématisation de la corrélation entre facteurs linguistiques et extralinguistiques en arabe n’est pas chose nouvelle, elle apparait déjà dans les écrits anciens et perdure à travers les siècles dans l’ensemble des descriptions et des classifications linguistiques relatives à ce domaine linguistique. Dans mes travaux actuels mon intérêt s’est tout particulièrement porté sur (i) l’analyse de la dimension linguistique des prêches religieux ; (ii) l’étude de la terminologie dans le domaine des finances islamiques, contexte où le contact entre les registres scientifique et religieux conduit à des situations de nivellement particulièrement intéressantes ; (iii) la description de l’usage de l’arabe dans les banlieues lilloises à travers l’étude d’interactions spontanées et, (iv) l’étude des difficultés rencontrées par les apprenants d’arabe langue étrangère. Ces différents projets (qui, donneront lieu à publications dans les mois à venir) ont tous pour objectif de parvenir à une meilleure compréhension de l’usage de l’arabe dans des contextes particuliers.