Georgette Dal

professeure des universités - Linguistique, morphologie constructionnelle
CNU : SECTION 07 - SCIENCES DU LANGAGE: LINGUISTIQUE ET PHONETIQUE GENERALES
    + 33 3 20 41 68 87 (campus Pont-de-Bois)
Campus Pont-de-Bois : B1 670 Siège de l'Université de Lille : R1 1050

Georgette Dal

professeure des universités - Linguistique, morphologie constructionnelle

Présentation

J'ai été recrutée à l'Université de Lille SHS en 1997, d'abord comme maître de conférences puis comme professeur en 2006.

Mes travaux se situent dans le champ de la morphologie constructionnelle, avec une attention de plus en plus marquée aux données authentiques issues de l'usage. Mes centres d'intérêt sont, ces dernières années, la productivité morphologique, l'entrecroisement des règles de construction de lexèmes dans une perspective paradigmatique, les études dites data-driven.

Thèmes de recherche

Du point de vue scientifique, mes recherches se situent dans le champ de la morphologie constructionnelle conçue comme consistant en la recherche des principes et contraintes à l’œuvre dans la formation du lexique construit. Profitant de la facilité avec laquelle les ressources textuelles électroniques devenaient consultables, mon attention s'est portée au fil des années sur les productions langagières authentiques, en tant que les donnent à observer les journaux électroniques ou la Toile. De ce point de vue, mes recherches sont désormais corpus-based.

Les principaux thèmes développés dans mes recherches sont les suivants :

Morphologie des dérivés évaluatifs. Ce thème, qui était celui de mes premiers articles et de ma thèse, est central dans mon ouvrage de 1997. Après l’avoir abandonné quelque temps, j’ai renoué avec lui dans la communication aux 2èmes rencontres organisées par le Forum de morphologie en 1999, où je suis revenue sur un résultat antérieur. Dans mon ouvrage de 1997, l’instruction sémantique que j’associais à la suffixation en -et(te) du français la contraignait à une isocatégorialité entre bases et construits nécessitant, lorsque base et construit relevaient apparemment de catégories lexicales différentes, la reconstruction d’étapes intermédiaires et le recours, le cas échéant, à des mécanismes d’ajustement formel ad hoc. Or, avec le recul, il m’est apparu qu’outre sa très faible plausibilité cognitive, cet appareil était tributaire du cadre théorique dans lequel était menée l’analyse. À partir de 1999 (et toujours aujourd’hui), je considère que la suffixation en -et(te) peut se satisfaire d’une hétérocatégorialité entre bases et construits, sans qu’il ne faille reconstituer des étapes intermédiaires dont la seule raison d’être est de garantir cette isocatégorialité (sup)posée. La suffixation en -et(te) a de nouveau fait l’objet d’une communication présentée en 2003 avec B. Fradin, F. Meunier et N. Hathout lors de la journée sur la productivité que j’ai coorganisée dans le cadre de l’action « Productivité morphologique » du GDR 2220, ainsi qu’avec les mêmes auteurs, d’une communication ayant donné lieu à publication en 2007.

Sens/référence des lexèmes construits. Ce thème a constitué le fil conducteur de plusieurs de mes travaux entre 1991 et 1997. En particulier, dans un travail mené avec M. Temple, nous traitons de la prédictibilité, au moins partielle, de la référence des lexèmes construits à partir de leur sens construit morphologiquement.

Morphologie pour le Traitement Automatique des Langues (TAL). Ce thème a résulté d’un déplacement partiel de mes recherches à l’issue de ma thèse, de la morphologie théorique vers une morphologie plus applicative. Il s'est fait en plusieurs temps. Après des prises de contact dans le monde du TAL en 1997, j'ai lancé et coordonné avec Ch. Jacquemin, alors au LIMSI, le projet FRANLEX dont l'objectif à terme était de construire de façon semi-automatique une base de données constructionnelles du français exploitable en TAL et dans les domaines qui en dépendent (recherche d’informations et fouille de textes). FRANLEX a d'abord été l'occasion d'échanges fructueux entre linguistes théoriciens, talistes et informaticiens. Il a ensuite servi de couvain à un premier travail à six mains présenté à TALN'99. Il a enfin donné naissance au projet MorTAL (« analyseur MORphologique pour le Traitement Automatique des Langues »), que j’ai initié et piloté, et qui a bénéficié d'un financement pour trois ans par le MENRT de 2000 à 2003. L’objectif du projet, mené conjointement avec Ch. Jacquemin, N. Hathout et F. Namer, était d’implémenter le modèle morphologique développé par Danielle Corbin afin de produire automatiquement une base de données lexicales pour le français contemporain d’environ 70 000 lexèmes correspondant aux nomenclatures réunies du Trésor de la Langue Française et du Robert électronique. Nous avons en outre fait l’hypothèse que, si nous réussissions à implémenter ce modèle, nous garantissions du même coup son adéquation théorique, puisque nous étions contraints de traduire les principes qu’il défendait ainsi que les descriptions auxquelles il avait donné lieu en des règles entièrement explicites. Outre le travail de réalisation de la base de données DériF, ce projet a donné lieu à plusieurs publications entre 1999 et 2004. Dans mon parcours de recherche, il a surtout été décisif dans ma prise de conscience du caractère contre-intuitif de certaines des analyses que j’avais pu mener auparavant, donc de me faire reconsidérer en partie ma façon de penser la morphologie. Il a par ailleurs été déterminant dans les collaborations que j’ai eues (et que je continue d’avoir) avec des collègues travaillant dans le champ du traitement automatique. Le projet d’ANR en cours d’évaluation DÉMONEXT (Derivational Morphology in Extension), co-porté par N. Hathout et F. Namer et auquel je participe, s’inscrit d’ailleurs dans le prolongement de ce projet.

Questions théoriques de délimitation. La question des délimitations rejoint celle de la catégorisation. Elle est récurrente dans les sciences du langage et constitue l’activité grammaticale par excellence, dont une bonne partie consiste à établir des catégories. Pour ce qui est de la morphologie, se posent des questions de délimitation entre lexème et exposant de règle de construction de lexèmes, entre flexion et dérivation, entre dérivation et composition. Cette thématique se retrouve dans plusieurs des travaux que j’ai menés, de façon centrale ou connexe depuis 2005, ainsi que dans un article sur les activités de classement et les erreurs (ou ce qui est vu comme tel) dans le domaine grammatical en général.

Productivité morphologique. Ce thème a fait l’objet de recherches menées dans l’action du même nom que j’ai coordonnée de 2000 à 2007, dans le cadre du GDR 2220 « Description et modélisation en morphologie » dirigé par B. Fradin. La particularité de cette action était de réunir des compétences variées : linguistes théoriciens, spécialistes de TAL et psycholinguistes. Nous y avons atteint l’objectif annoncé dans le premier quadriennal du GDR de donner une visibilité internationale au travail effectué en France sur cette notion, peu travaillée jusque là sur le territoire. Le travail mené a donné lieu à la coordination d’un numéro de revue, à plusieurs communications dans des colloques internationaux avec comité de sélection assorties d’actes ainsi qu’à l’organisation de plusieurs manifestations scientifiques, dont certaines internationales. J’ai été invitée à donner plusieurs conférences sur le thème, en France et à l’étranger. Cette reconnaissance a également pris la forme de la rédaction, avec F. Namer, du chapitre « Productivity » dans The Cambridge Handbook of Morphology (éditeurs scientifiques : Andrew Hippisley & Gregory T. Stump) paru en 2016.

Morphologie basée sur l’usage. La notion de productivité étant consubstantielle à celle de corpus, le travail mené sur ce thème m’a conduite à réfléchir à la question des corpus et à leur apport en morphologie, comparativement au travail réalisé antérieurement à partir de données dictionnairiques. Mes travaux les plus récents, tous en collaboration, portent sur cette question, que l’on peut élargir à celle d’une morphologie basée sur l’usage. À titre d’exemples, je renvoie ici au chapitre consacré à l’utilisation d’Internet dans le champ de la morphologie paru en 2015 dans P. O. Müller, I. Ohnheiser, S. Olsen & F. Rainer eds, Word-Formation. An International Handbook of the Languages of Europe, Berlin / New York, Walter de Gruyter, ou à un article paru, également en 2015, dans Langages consacré à la notion de fréquence et l’utilisation qui peut en être faite en morphologie. Les différents travaux descriptifs que j’ai pu réaliser depuis 2004 prennent tous appui sur des données issues de l’usage.

 

Morphologie lexématique. Depuis 2000 environ, mes travaux s’inscrivent dans le cadre de la morphologie lexématique. Tous pourraient donc être cités dans cette thématique. Toutefois, cette question fait l’objet d’un centrage tout particulier dans plusieurs de mes communications et travaux. Certains d'entre eux s’interrogent plus particulièrement sur la conciliation d’une approche par règles et par analogie, avec, le cas échéant, une recherche du côté de la théorie de l’optimalité, tandis que d'autres, plus récents, cherchent à concilier approches lexématique et paradigmatique. Enfin, la place du lexème dans la morphologie théorique et descriptive est également le thème fédérateur d'un ouvrage que je co-coordonne actuellement