Brigitte Steinmann Steinmann Brigitte

Professeure des universités
CNU : SECTION 20 - ANTHROPOLOGIE, ETHNOLOGIE, PRÉHISTOIRE
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Brigitte Steinmann Steinmann Brigitte

Professeure des universités

Axes de recherche

Anthropologie sociale, Mondes himalayens, Népal, Inde (Sikkim), Tibet

Une Anthropologie générale, « politique, économique et religieuse » des aires de culture sino-tibétaine, hindoue et bouddhiste de l’Asie orientale

Je n'ai jamais séparé l'étude des champs politiques, économiques et religieux dans l’analyse des pratiques et des ordres sociaux des populations des aires d’Asie orientale dont je m’occupe depuis plus de trente années : Népal, Sikkim (Inde), et Chine du Sud depuis 1990, avec une moyenne de deux mois de recherches de terrain par an : les populations dont je m’occupe particulièrement sont les Tamangs et Sherpas du Népal, populations bouddhistes et de langue tibéto-birmane du Népal, ainsi que des populations du Sikkim indien, dont des sociétés d’anciens chasseurs-cueilleurs et d’agriculteurs (Lepchas)  -cultures en altitude ou rizières, populations minoritaires dans les états nationaux voisins (Inde et Chine)-. J’effectue, depuis les années 2000 de nouvelles enquêtes de terrain en milieu urbain et dans celui de l’émigration (Népalais émigrés en Europe, aux Etats-unis, dans les Pays arabes). Mes dernières recherches concernent la question du travail, les travaux 'du corps', métiers dans l'armée (légionnaires népalais en France) et dans les services (domesticité, sex-workers).

Une théorie socio-économique : recontextualisation critique de l’épreuve sociale de la matérialité ; critique de « l’économisme » -vue non économiste de l’économie-

D’un point de vue théorique, j’ai appliqué les mises en forme économiques des écoles occidentales (Physiocrates, matrices de Léontieff) pour formaliser la façon dont ces sociétés agraires non marchandes concevaient l’idée même de « production » et de richesse, de développement de valeurs liées à la reproduction de réseaux matrimoniaux. Mais je ne fais pas pour autant des infrastructures le primat du « symbolique », ni du symbolique le fondement de « croyances » quelconques. Je tente une analyse essentiellement déréificatrice des institutions et du social (voir la revue Socio-anthropologie dont j’ai coordonné un numéro).

C'est le problème de dégager l'objectivité de ce qui nous affecte, que je tente aussi d'analyser. Cette recherche pourrait être une contribution au mouvement cognitiviste mais dans un sens critique, c'est-à-dire ouvrant sur une historicisation et une sociologisation de ses thèmes (voir par ex., publication dans Gradhiva, les publications en ligne dans la revue internationale RET sur l’historiographie des populations bouddhistes du Népal et du royaume sikkimais, et en Allemagne – Himalayan Research Bulletin, Heidelberg). Aujourd’hui, je m’appuie sur une relecture anthropologique et socio-économique de mes travaux à la lumière des thèses du MAUSS (par ex. Mary Douglas, « Comment pensent les Institutions? »), de celles de James C. Scott, pour l’histoire générale des luttes anti-étatiques des populations minoritaires de l’aire hindoue du Népal (cf. Zomia ou l’art de ne pas être gouverné), et celles de David Graeber sur la dette.

Étude des transformations du pouvoir, de la religion et nouvelles conceptions de l’ordre social à travers les maoïsmes népalais et indien.

            Le troisième versant de mes recherches porte sur les fonctions essentielles du pouvoir et la conception du politique (dans les contextes hindous et bouddhiques des aires sino-tibétaines). L’une de mes contributions majeures est la publication d’un ouvrage au CNRS sur la guerre maoïste au Népal.  J'ai largement diffusé ces études dans le cadre des conférences internationales « Tibetan and Buddhist Studies », aux Etats-Unis et en Chine, en particulier). J’ai augmenté ces publications entre 2013 et 2014 par une recherche sur la sécularisation au Népal et l’accès de cet ancien royaume hindou à la « laïcité ».

Développements les plus récents de mes travaux de recherche :

Mes derniers travaux portent sur une synthèse historique et anthropologique de trente cinq années de recherches sur le religieux (bouddhisme) et le politique (maoïsme) au Népal, ainsi que sur le développement, les activités économiques (commerce aux frontières), les migrations internationales des népalais pour le travail, avec les transformations sociales qui affectent profondément les populations de culture tibétaine (spécialisation dans les régions centrales et septentrionales du Népal et les frontières avec le Tibet et le Sikkim indien).

Ces populations sont fortement impliquées dans les projets et investissements économiques chinois avec l’ouverture des frontières avec l’Inde et les grands réseaux routiers et ferroviaires qui traversent l’Himalaya népalais. J’enseigne, d’une part, l’histoire de ces transformations économiques (depuis les années 80) aux étudiants de Master 2 en anthropologie et en économie à Lille, depuis maintenant sept ans ; et parallèlement, j’effectue une synthèse de ces recherches depuis les années 80 (voir dernier ouvrage publié en 2020) ; j’étudie les formes de renouveau identitaire des populations de ces frontières en relation avec les transformations politiques du pays depuis la fin du conflit maoïste, les réseaux migratoires puissants d’hommes d’affaire en Occident et en Asie du Sud depuis le 19e siècle, ainsi que les reconstitutions de réseaux matrimoniaux à l’international ; autant d’éléments entrant dans une réflexion comparée sur les formes du capital international, son renouveau et le rôle qu’y jouent, ou qui y ont joué ces populations d’Asie du sud